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Le boycott des futures élections : la pire des solutions

Ajouté le 08/12/2006 - Auteur : linux

Les analystes politiques congolais rivalisent de mâles propos sur la conduite à tenir lors des élections législatives et présidentielles de 2007 et 2009. Dans la frénésie du doute ambiant, d'aucuns mettent en avant les paradoxes et incongruités du boycott.

Le boycott d'une élection est une démarche libre, réfléchie, volontaire et même idéologique qui vise à imposer des rapports de force différents au pouvoir, qui peut être amené à concéder à l'opposition, un véritable droit de regard sur le déroulement des élections (recensement, découpage électoral, égalité d'accès aux médias, etc.)

En démocratie, la simple menace d'un boycott peut déjà garantir certains résultats, car la pression sur l'opinion augmente les effets psychologiques de cet acte. Surtout si les médias jouent leur rôle dans l'amplification de sa portée. Un boycott est motivé par des insatisfactions et les mandataires y sont donc sensibles, car un éventuel renouvellement de leur mandat est tributaire de la satisfaction de certaines revendications.

Reposant essentiellement sur la communication, le boycott y tire sa force, mais elle peut être également annihilée par les effets pervers. En règle générale, cette forme de revendication est toujours utilisée comme une arme de dernier recours ou d'intimidation. Une importante page de l'Histoire, fut écrite de l'autre côté de l'Atlantique, par le Pasteur Martin Luther King qui, dans une démarche tant iconoclaste que mémorable, appela au boycott des bus de Montgomery en 1955 pour obtenir la fin de la discrimination raciale. Cet acte n'a pas mis un terme à la fin de la discrimination raciale, mais le peuple américain prit de plus en plus conscience de ce phénomène : s'ensuivirent des lois révolutionnaires sur la discrimination positive par exemple.

Toutefois, les différents succès du boycott à travers le monde doivent être nuancés, surtout quand ils servent de références dans l'appréciation de la situation congolaise, rendue complexe par l'enchevêtrement des intérêts pétrolo-maçonniques et ceux des mafias équatoriales.

Quels sont les enjeux alors ? Boycotter les futures élections congolaises parce qu'elles seraient perdues d'avance par l'opposition, les dés seraient pipés. Quel aveu d'impuissance pour un peuple qui entend retrouver sa place de choix dans le concert des nations !

A mon humble avis, l'opposition congolaise n'a aucun intérêt à opter pour la politique de la chaise vide synonyme de résignation et un acte qui fait figure de riche. Cette attitude, comme je venais de l'indiquer tantôt ne porte ses fruits que dans une vraie démocratie, avec institutions efficaces et alternance politique inévitable.

Je vais vous dire pourquoi le boycott, bouée d'air inespérée par les officines de Mpila, serait la plus mauvaise des solutions pour le peuple congolais.


Sassou est actuellement Président de l'Union Africaine, faute de candidats, il a des chances d'être réélu, c'est un poste budgétivore qui n'intéresse pas grand monde, mais stratégique pour le lobbying et le prestige. Il est devenu un élément important dans le dispositif Françafrique, il a donc le soutien de Chirac et demain celui de Sarkozy ou de Royal. Ne vous leurrez pas : pour la France , seule l'intensité de l'allégeance des françafricains compte, un hypothétique attachement aux valeurs démocratiques, est légué au second plan. Le natif d'Edou est désormais multi milliardaire, sa fille est l'épouse du Doyen de la Françafrique , et comme il s'en glorifie toujours, il garantit les intérêts français au détriment des intérêts congolais.

Dans l'hypothèse où la tactique de la chaise vide représentait le seul projet d'alternance pour l'opposition, il serait illusoire de s'attendre à une unanimité, car, en dehors des quelques rares députés qui sont à l'abri du besoin, l'opposition dans son ensemble a été affamée à dessein. Sassou trouvera donc aisément quelques faire valoir censés représenter l'Opposition, qu'il saura bâillonner par la concussion et par la corruption. Et comme Milongo en 2002, ils se retireront sans honte de la course, pour laisser le boulevard à leur maître. Un hold-up réussi derechef !

L'opposition criera à qui voudra l'entendre que les élections auraient été truquées, qu'une fois de plus sa victoire lui a été volée. La communauté internationale, représentée par qui on sait, entérinera comme toujours les résultats de ces élections, et il ne nous restera plus que les yeux pour pleurer. Pour ceux qui nous avaient tympanisés sur les vertus du boycott, il faudra s'attendre à deux réactions : pendant que certains députés légitimeront un pouvoir illégal en participant aux séances à l'assemblée, bien que dans l'impossibilité de s'exprimer librement, d'autres rejoindront sans états d'âmes, l'oyocratie pour continuer l'œuvre de destruction du pays. Pendant ce temps, le peuple congolais rempilera encore pour 7 ans de misère et de promotion de médiocrité.

Devant la question « Quelle est la solution pour le peuple congolais ? ». Je suis tenté de recourir à Démosthène : « Il y a des gens, disait-il, qui croient confondre celui qui monte à la tribune en lui demandant : que faut-il donc faire ? A ceux-là, je donnerai la réponse selon moi la plus équitable et la plus vraie : ne pas faire ce que vous faites actuellement ».

Un peuple incapable de relever les grands défis est condamné à l'esclavage, et subira de façon permanente, une grande l'humiliation infligée par des dirigeants véreux. En dehors de ses droits élémentaires de vivre, de se soigner, de se nourrir, confisqués par un groupe d'individus sans scrupules, il sera dans l'obligation d'accepter que les mécanismes de la démocratie soient pervertis et manipulés pour servir en toute impunité comme paravent grossier à un État policier. Le peuple doit donc tout mettre en œuvre pour tordre le cou à la fatalité que Sassou veut imposer afin d'organiser les conditions d'une véritable alternance politique.

La chute du mur de Berlin en 1989, la Conférence de la Baule en 1990 et quelques effervescences internes menées tambour battant par l'ex-tonitruant Bokamba Yangouma et l'ex-agitateur Kolelas, avaient contraint Sassou à lâcher du lest en acceptant la tenue de la Conférence Nationale Souveraine. Une certitude : ce n'était ni un attachement soudain aux valeurs démocratiques, ni un hypothétique amour pour son pays qui auraient poussé Sassou à ce compromis. La contrainte, la pression, le fait accompli, la peur d'être lâché par ses mentors, sont les principaux axes à explorer pour faire triompher le droit sur la force.

 

« L'homme des masses » est en train de faire le deuil d'une refondation du PCT par le biais duquel il espérait entériner son OPA sur l'UPADS et le MCDDI, et se « taper » un électorat inespéré, pour enfin porter les habits neufs d'un vrai démocrate. Par ailleurs, son incapacité à donner du bonheur à son peuple ne fait plus de doute. Bref, il a lamentablement échoué sur tous les plans. Il ne lui reste plus qu'à s'agripper comme un « muntudia » à ce pouvoir. Il ne donnera jamais au peuple congolais l'arme avec laquelle on va se débarrasser de lui. Cette arme, c'est au peuple congolais de l'inventer. Dussions-nous rappeler que toutes les fois qu'il en a eu l'occasion, il a toujours pris un malin plaisir à massacrer son propre peuple pour le pouvoir ?

Je propose d'inventer une alternative au boycott :

• Quel que soit le prix à payer, le peuple congolais doit prendre ses responsabilités devant l'histoire, et contraindre Sassou à mettre en place une Commission électorale Nationale Indépendante. Ce qui suppose une implication de l'opposition dans la confection des listes électorales, dans la surveillance du recensement pré électoral, et à peser de tout son poids dans le redécoupage électoral et non se contenter des tripatouillages iboviens.

• Nul ne peut résister à la fureur d'une rue déchaînée, résolument décidée à reprendre ses droits, pour peu que cette action salutaire soit canalisée par des patriotes, ne mettant pas en avant leurs intérêts bassement égoïstes.

• Toutes les forces vives du pays, sans exclusive, doivent s'unir pour conduire et préparer une alternance politique. L'économie congolaise est déjà dans un état apocalyptique, le pouvoir autiste ne s'en émeut pas. Ainsi, les opérations de type « ville morte » n'ont aucun effet sur eux. Il faut taper là où çà fait mal. Par des actions de grande envergure, montrer à cette barbarie, combien de fois le peuple en avait marre et voudrait remettre son mandat confisqué illégalement, à d'autres personnes dignes de confiance.

• Un rejet de la passivité et du fatalisme pour s'opposer à cet énième viol des droits et libertés des congolais. L'opposition doit exiger la création des radios libres, ce que Sassou chef de l'opposition en 1996 avait obtenu sans peine. Créer un lobby puissant animé par la diaspora, qui fera pression sur les mentors de Sassou à l'étranger, en appuyant notamment l'action de Makosso et Mounzeo. Le peuple congolais, qui a relevé tant de défis dans le passé a aussi droit au bonheur et au respect.

• Que ceux qui n'ont pas les moyens de venir se faire soigner à la Pitié-Salpetrière (Hôpital parisien), aillent déposer leurs ordonnances devant le Palais de Mpila.

Le credo françafricain consiste à nous imposer leur pantin qui a brillé par sa capacité à distribuer la misère massive. Or, tout peuple aspire à vivre en paix, en choisissant librement ses dirigeants par des élections libres et transparentes, gage d'une bonne gestion des richesses nationales. En toute hypothèse, ces élections constitueront un tournant décisif qui décidera de la pérennité de la dictature actuelle ou du retour de la démocratie dans notre pays. L'apport du peuple congolais, par l'entremise d'une partie de son élite patriotique, est plus que jamais appelé à être décisif.

 

Djess

 

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